Contexte  

Cette demande s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale 2022-2025 de Prévention des Infections et de l’Antibiorésistance, plan national alliant les actions de prévention et contrôle des infections à celles promouvant le bon usage des antibiotiques.

L’abus d’antibiotiques et leur utilisation non recommandée ont conduit à une résistance de plus en plus marquée des bactéries aux agents antimicrobiens. Les infections provoquées par ces pathogènes résistants peuvent être lourdes de conséquences : maladies et hospitalisations plus longues, mortalité accrue, moins bonne protection des patients lors d’interventions chirurgicales ou d’autres procédures médicales. En raison de l’augmentation de l’antibiorésistance, l’utilisation rationnelle des antibiotiques est indispensable.

Ces travaux s’inscrivent dans le cadre d’une mise à jour des recommandations de l’ANSM datant de 2011, dans le but d’homogénéiser les prescriptions des antibiotiques en pratique bucco-dentaire, d’éviter une surprescription d’antibiotiques et de limiter l’antibiorésistance.

L’antibioprophylaxie relative à la prise en charge bucco-dentaire des patients à risque d’endocardite infectieuse ayant fait l’objet d’une recommandation spécifique de la HAS en 2024, elle ne sera pas abordée dans cette recommandation (cf. Prise en charge bucco-dentaire des patients à risque d’endocardite infectieuse).
 

Objectifs

  • Déterminer la prescription d’antibiotiques chez les patients de la population générale et les patients à risque
  • Limiter et rationaliser les prescriptions non appropriées dans le but de lutter contre l’antibiorésistance
  • Préciser les modalités de l’antibioprophylaxie lorsqu’elle est indiquée
  • Homogénéiser la prescription d’antibiotiques à visée curative

 

Public concerné

Cette recommandation de bonne pratique concerne : 

  • tout patient adulte et enfant, de la population générale ou à risque
  • l’ensemble des professionnels de santé de la sphère orale amenés à prescrire des antibiotiques, notamment : les chirurgiens-dentistes, les médecins spécialisés en chirurgie maxillo-faciale et stomatologie, les médecins spécialisés en chirurgie orale, les médecins généralistes, les pédiatres, les autres spécialistes confrontés à des infections d’origine dentaire (médecins urgentistes, infectiologues, endocrinologues, gériatres, internistes, néphrologues, oncologues…).

 

Principaux messages

  • Les douleurs dentaires sont majoritairement d’origine inflammatoire et se traitent par un geste étiologique rapide associé si nécessaire à des antalgiques.
  • L’antibioprophylaxie n’est indiquée que pour des interventions identifiées comme présentant un risque significatif d’infection. Elle n’est pas justifiée pour tous les actes bucco-dentaires et son recours doit être limité aux situations où le bénéfice est avéré.
  • Les indications de l’antibioprophylaxie sont définies en fonction de la catégorie de patients concernée : population générale, patients à risque infectieux augmenté ou patients à haut risque d’ostéonécrose des mâchoires.
  • Lorsqu’une antibiothérapie est indiquée, il est recommandé de la prescrire en complément d’un geste local visant à effectuer un drainage ou à traiter la cause de l’infection (incision, débridement, détartrage/surfaçage, pulpectomie ou avulsion).
  • L’hypothèse selon laquelle les infections doivent être traitées au-delà de la disparition des symptômes est actuellement discutée. Pour de nombreuses infections, un traitement de courte durée a montré des résultats cliniques similaires à ceux d’un traitement de plus longue durée.
  • Dans la majorité des situations, l’antibiotique de choix en première intention est l’amoxicilline.  
    • Pour une antibioprophylaxie, la posologie à appliquer chez l’adulte est de 2 g à administrer 1 h avant le geste (et jusqu’à 2 h après en cas d’oubli ou d’urgence).
    • Pour une antibiothérapie, la posologie à appliquer chez l’adulte est de 1 g, 3 fois par jour, pendant 3 jours.
  • Toute antibiothérapie nécessite une réévaluation (en consultation, téléconsultation ou à défaut par téléphone) à 48 ou 72 h de l’instauration du traitement.
  • Les situations cliniques justifiant d’une bithérapie antibiotique en 1re intention sont exceptionnelles : ostéites, ostéomyélites, sinusites maxillaires aiguës d’origine dentaire, ostéonécroses des mâchoires surinfectées, après la dernière séance de certaines parodontites de stade III/IV, traumatisme avec plaie fortement souillée ou avec plaie par morsure de mammifère.
  • Il est recommandé que les praticiens informent les patients du danger d’une automédication antibiotique (spectre inadapté, développement de résistances, infection décapitée, risque d’effets indésirables…).
  • L’étude de la littérature n’a montré aucun bénéfice à la prescription d’une antibiothérapie concomitante à la prescription d’anti-inflammatoires, qu’ils soient stéroïdiens ou non stéroïdiens.
    • Il est donc recommandé de ne pas recourir systématiquement à la prescription d’antibiotiques lors d’une prescription d’anti-inflammatoires.
  • Il est recommandé de ne pas utiliser une antibiothérapie locale en pratique bucco-dentaire, quels que soient le traitement ou la pathologie.


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