Réémergence du Chikungunya en Guyane : quelle stratégie vaccinale ?
Le chikungunya est une maladie infectieuse dont le virus (CHIKV) est transmis à l’être humain par piqûre de moustiques diurnes (notamment ceux connus sous le nom de « moustiques tigres »). Dans un contexte de réémergence de cette maladie en Guyane, la HAS a été saisie par le ministère chargé de la Santé, le 25 février 2026, pour proposer une recommandation vaccinale tenant compte des dernières données disponibles pour les deux vaccins disposant d’une AMM autorisation de mise sur le marché (Ixchiq du laboratoire Valneva et Vimkunya du laboratoire Bavarian Nordic). La HAS recommande l’utilisation du vaccin Vimkunya pour toutes les personnes âgées de 65 ans et plus, et les personnes de 12 à 64 ans avec comorbidités, particulièrement vulnérables face au CHIKV.
Depuis janvier 2026, le virus du chikungunya circule en Guyane, avec une diffusion progressive des cas sur le territoire, puisque d’après les données fournies par Santé publique France, 81 cas ont été confirmés au 9 avril 2026. Dix ans après la dernière épidémie majeure, la séroprévalence[1] de la population reste insuffisante pour assurer une protection collective. Il existe ainsi un risque épidémique qui expose en particulier les personnes les plus à risque de présenter une infection sévère de la maladie. Selon les données issues des précédentes épidémies en France et dans le monde, les formes graves concernent prioritairement les personnes aux âges extrêmes de la vie et celles présentant des comorbidités. De plus selon les études entre 40 à 60 % des personnes touchées, rapportent des arthralgies chroniques plus de 3 mois après l'infection.
Place des deux vaccins disponibles, Vimkunya et Ixchiq
Cette circulation virale ainsi que la mise à disposition des dernières données disponibles pour les vaccins Ixchiq et Vimkunya ont incité le ministère chargé de la Santé à saisir la HAS pour qu’elle se prononce sur la stratégie vaccinale à mettre en œuvre dans ce contexte. Pour rendre son avis, la HAS a notamment pris en compte :
- Les risques de survenue de formes sévères d’infection au CHIKV dans les populations les plus fragiles notamment les personnes présentant des pathologies sous-jacentes et les personnes à des âges extrêmes de la vie ;
- Les données disponibles à date d’immunogénicité, de corrélat de protection, et de durée de protection documentée jusqu'à 4 ans pour le vaccin Ixchiq et jusqu'à 6 mois pour le vaccin Vimkunya ;
- L’absence de données d’efficacité clinique pour les deux vaccins Ixchiq et Vimkunya ;
- Concernant le vaccin Ixchiq les effets indésirables graves et notamment neurologiques survenus chez les personnes de plus de 65 ans et récemment chez une jeune adulte sans comorbidité connue ainsi que les informations manquantes sur la sécurité chez les individus de 12 à 64 ans présentant des comorbidités (ex. : cancer, diabète, maladies cardiovasculaires, auto-immunes, hématologiques, hépatiques chroniques, rénales chroniques) ;
- Concernant le vaccin Vimkunya, les données de pharmacovigilance encore limitées mais ne montrant à ce jour aucun signal de sécurité.
Au terme de son évaluation, la HAS recommande l’utilisation du vaccin Vimkunya chez les personnes les plus vulnérables face au CHIKV à savoir : les personnes âgées de 65 ans et plus, ainsi que celles de 12 à 64 ans avec comorbidités. En l'absence de données chez la femme enceinte ou allaitante, la vaccination n’est pas recommandée pour cette population. Néanmoins, ce vaccin ne comporte pas de contre-indication de principe compte tenu de sa composition, et il pourrait être proposé au cas par cas après un examen approfondi des bénéfices et des risques individuels.
Le vaccin Vimkunya peut être proposé chez les personnes de 12 à 64 ans sans comorbidités, en tenant compte de la durée de protection documentée limitée à six mois et de l'absence de données chez les personnes immunodéprimées ou immunodéficientes.
Concernant le vaccin Ixchiq, la HAS indique, qu’en raison de données de sécurité insuffisantes, il ne peut être proposé qu’aux personnes de 18 à 64 ans et après un examen approfondi des bénéfices et des risques individuels. La HAS maintient en revanche sa décision du 25 avril 2025 de suspension d’utilisation du vaccin Ixchiq chez les personnes âgées de 65 ans et plus, à la suite des signaux de pharmacovigilance. Ixchiq, étant un vaccin vivant atténué, il demeure contre-indiqué chez les personnes immunodéprimées ou immunodéficientes et non-recommandé pour les femmes enceintes ou allaitantes.
La HAS précise qu’il est indispensable que les moyens nécessaires soient mis en œuvre pour garantir une information adaptée des prescripteurs et de la population sur les vaccins contre le chikungunya, leurs bénéfices et leurs risques, ainsi que l’intérêt d’un suivi prospectif, en particulier de la pharmacovigilance de ces vaccins.
La HAS souligne enfin que la vaccination constitue un outil complémentaire aux mesures de prévention individuelle et collective (répulsifs, moustiquaires, vêtements longs…) contre les piqûres de moustiques, qui restent essentielles. Elle appelle d’ailleurs les personnes vaccinées à poursuivre l’application de ces mesures.
Cet avis pourra être revu en fonction de l’évolution du contexte épidémique et des connaissances scientifiques. Par ailleurs, la HAS vient d'être saisie par le ministère chargé de la Santé en vue de mettre à jour, dans les prochaines semaines, ses recommandations concernant Mayotte et La Réunion. Elle travaille également à l’élaboration d’une stratégie vaccinale pour l’ensemble du territoire national pour une publication attendue dans les prochains mois.
[1] Il s’agit de la proportion de personnes, dans une population donnée, qui ont développé des anticorps contre une maladie.
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