La HAS précise les modalités de prise en charge de la femme enceinte à la suite du dépistage du CMV
L’infection à cytomégalovirus (CMV) est très fréquente et généralement sans gravité chez les adultes en bonne santé. Cependant, lorsqu'une femme contracte ce virus dans les semaines qui précèdent sa grossesse ou au début de celle-ci, il peut entraîner des conséquences importantes pour l'enfant, notamment des troubles auditifs ou neurologiques. En juin 2025, la Haute Autorité de santé (HAS) a recommandé le dépistage systématique du CMV chez les femmes enceintes dont le statut sérologique est inconnu ou négatif. Saisie par le ministère en charge de la Santé, elle publie aujourd’hui des recommandations de bonnes pratiques pour guider les professionnels de santé dans la prise en charge des femmes enceintes à la suite de ce dépistage. Objectif : réduire les risques de transmission au futur bébé.
En France, près de la moitié de la population a déjà été en contact avec le CMV. L’infection passe souvent inaperçue, car elle provoque des symptômes peu spécifiques voire aucun. Le virus se transmet principalement par contact avec les liquides biologiques (urine, salive, larmes…), notamment des jeunes enfants. Bien que l’infection à CMV soit la plupart du temps sans gravité, il existe un risque de séquelles pour le bébé à naître lorsqu’elle est contractée par la femme dans les deux mois précédant le début de la grossesse ou durant le premier trimestre : perte auditive neurosensorielle unilatérale ou bilatérale, symptômes neurologiques, troubles du neurodéveloppement et/ou troubles de l’équilibre.
En juin 2025, la HAS s’est prononcée en faveur d’un dépistage systématique du CMV chez les femmes enceintes dont le statut sérologique est inconnu ou négatif. En effet, seule la première infection à CMV est décelable avec une prise de sang et aucun test biologique ne peut mettre en évidence les réinfections. La HAS a recommandé que ce dépistage s’inscrive dans un cadre expérimental, avec réévaluation à 3 ans.
À la suite de cet avis, la HAS a de nouveau été saisie par le ministère chargé de la Santé afin d’élaborer des recommandations de bonnes pratiques pour guider les professionnels de santé[1], s’agissant de la prescription des tests à réaliser, de la conduite à tenir en fonction de leurs résultats, ainsi que des modalités de suivi de la grossesse et de la prise en charge des femmes concernées.
Aujourd’hui, elle publie ses travaux, assortis d’une fiche mémo récapitulant les points clés à destination des professionnels de santé amenés à prendre en charge ces femmes.
Quand prescrire une sérologie CMV ? Et comment interpréter les résultats ?
En cas de dépistage antérieur négatif ou s’il n’a jamais été réalisé, une sérologie, c’est-à-dire une prise de sang permettant de rechercher les anticorps dirigés contre le CMV (immunoglobulines (Ig) G et M), est à réaliser afin de déterminer si la patiente a déjà été exposée au virus.
Dans le cas d’un projet de grossesse, la sérologie est à réaliser avant de concevoir un enfant (période pré-conceptionnelle), y compris dans le cadre d’un parcours de procréation médicalement assistée (PMA).
Une sérologie négative (IgM-, IgG-) indique que la patiente n’a jamais été exposée au virus. Dans ce cas, la HAS recommande de renouveler le dépistage dès le début de la grossesse puis toutes les 4 semaines, pendant le premier trimestre, idéalement dans le même laboratoire quand cela est possible. La dernière sérologie doit être réalisée entre 13+0 et 14+0 SA.
Une sérologie positive (IgM-, IgG+) indique que la patiente a déjà été infectée par le virus par le passé. Dans ce cas, aucun suivi supplémentaire n’est recommandé pendant la grossesse. Dans le cadre d’un projet de grossesse, si la sérologie semble indiquer une infection récente, une deuxième prise de sang est nécessaire pour confirmer le résultat et le cas échéant, le projet de grossesse doit être reporté de 2 mois.
Pendant la grossesse :
- Si la sérologie n’a pas été réalisée avant le début de la grossesse ou que celle-ci s’est avérée négative, elle est à effectuer le plus tôt possible et avant 14 SA
- Si la sérologie n’a pas été réalisée avant 14 SA, le dépistage n’est plus pertinent.
En cas de primo-infection récente chez la femme enceinte, proposer une prise en charge et un traitement adaptés
L’annonce d'une primo-infection à CMV ayant eu lieu dans les deux mois avant la grossesse ou lors du premier trimestre devra faire l’objet d’une consultation dédiée afin d’aborder la prise en charge appropriée et la possibilité de débuter un traitement antiviral rapidement. La HAS recommande au professionnel de santé chargé du suivi de la grossesse de se mettre en lien avec une équipe ayant une expertise de cette infection (notamment les Centres Pluridisciplinaires de Diagnostic Prénatal (CPDPN) ou la Fédération Française des Réseaux de Santé en Périnatalité). Cette consultation dédiée a pour objectif de permettre une prise de décision partagée avec la femme enceinte, en lui apportant les informations nécessaires à un choix éclairé.
Un traitement antiviral par valaciclovir est à mettre en place rapidement après la prise de décision partagée. Il permet de limiter la transmission du virus de la mère au fœtus et ainsi de réduire le risque de séquelles. Les données disponibles ne montrent pas de signal de tératogénicité (c’est-à-dire entrainant une anomalie fœtale) de ce traitement antiviral. Ce traitement doit être administré le plus tôt possible lors du premier trimestre pour optimiser son efficacité. Le valaciclovir, hors AMM dans cette indication, sera prescrit sur le fondement d’un cadre de prescription compassionnelle en cours de rédaction à l’ANSM. Il pourra ainsi être prescrit par tout médecin, généraliste ou spécialiste, en ville ou à l’hôpital. Par ailleurs, afin de réduire le délai entre la confirmation du diagnostic d’infection de la mère et l’initiation du traitement, la HAS recommande qu’à terme, les sage-femmes puissent également réaliser cette prescription.
Chez les femmes diagnostiquées primo-infectées, la HAS recommande de proposer une amniocentèse (prélèvement du liquide amniotique) le plus tôt possible à partir de 18 SA, afin de rechercher la présence du virus chez le bébé. Les bénéfices et les risques de cette procédure doivent être clairement présentés à la future mère afin d’éclairer sa décision. En cas de résultat négatif, la HAS recommande d’interrompre le traitement par valaciclovir et de reprendre un suivi obstétrical classique. En cas de résultat positif, la HAS préconise de poursuivre le suivi de grossesse avec le CPDPN.
[1] Professionnels de santé concernés : médecins généralistes, sage-femmes, gynécologues obstétriciens et médicaux, biologistes médicaux, pharmaciens, échographistes, pédiatres
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