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Orthogériatrie

Article HAS - Mis en ligne le 07 nov. 2014

Explications du Pr Philippe Merloz

Le terme d’orthogériatrie, regroupe tout ce qui concerne directement les soins péri-opératoires, l’opération elle-même, la réhabilitation, la prévention secondaire, la recherche clinique et préclinique ainsi que les axes nouveaux d’accompagnement de la personne âgée lorsqu’elle est hospitalisée pour fracture (la fracture de l’extrémité supérieure du fémur étant la plus fréquente).

Actuellement, les sujets âgés de plus de 65 ans représentent 17 % de la population française. A l’horizon 2023-2025, cette population atteindra 23 % soit près d’un patient sur 4. Le regard des acteurs de santé sur la personne âgée a changé en raison de l’impact professionnel que ce type de patient peut avoir au niveau collectif et en termes de pluridisciplinarité, de la survenue potentielle d’un état de dépendance, de la pénétration des technologies dans la production de soins et du contexte économique peu favorable (déficits et absence de croissance).

Sur le plan pratique il y a trois catégories de personnes âgées : les robustes, les polypathologiques et les fragiles. Si les deux premières sont assez facilement identifiables, il n’est pas évident de repérer les personnes fragiles lors de l’admission à l’hôpital pour fracture de l’extrémité supérieure du fémur. La difficulté est bien réelle, car la décompensation de la fragilité peut conduire à la dépendance selon un schéma souvent irréversible. C’est là que prend toute son importance l’identification des comorbidités, des troubles cognitifs, des signes de dénutrition et de la fragilité osseuse. Malheureusement, dans un contexte d’urgence traumatique l’expérience prouve qu’il est souvent trop tard et que l’identification de la fragilité aurait dû être entreprise bien avant l’hospitalisation.

En France on recense quatre types d’organisations : le service conventionnel d’orthopédie avec appel si nécessaire à une équipe mobile de gériatrie ; l’hospitalisation en gériatrie des patients fracturés ; l’unité d’orthogériatrie au sein d’un service d’orthopédie ; la gestion des fractures de la hanche au sein d’une unité de concertation pluridisciplinaire. Il est difficile de dire formellement quelle est la meilleure organisation, mais le partenariat orthopédie-gériatrie permet d’organiser un parcours patient court : évaluation sur le plan orthopédique, gériatrique et anesthésique dès l’admission ; prise en charge précoce au bloc opératoire (48 heures) et placement rapide en unité de rééducation. La réhabilitation est toujours longue et l’exercice physique permet de limiter la fonte musculaire. La gestion quotidienne des fonctions cognitives et affectives évite ou limite le décrochage intellectuel et social. Sur le plan clinique, la perte de poids, la faiblesse générale, la sensation d’épuisement, la marche et les activités physiques lentes sont bien corrélées avec l’entrée en dépendance.

L’intérêt d’une meilleure prise en charge est connu : réduction de la mortalité et de la durée moyenne de séjour ; réduction du taux de réhospitalisation pour chute ; prévention efficace de l’ostéoporose et abaissement du coût global. L’orthogériatrie implique les chirurgiens orthopédistes, les gériatres, les médecins anesthésistes, les rhumatologues, les radiologues, et les spécialistes de médecine physique et de rééducation, mais aussi les médecins traitants (en cabinet ou en EHPAD) les personnels soignants paramédicaux et les services sociaux. La finalité de cette activité multimodale et multiprofessionnelle, doit permettre d’atteindre le but ultime qui est la remise en condition sociale du patient âgé.

Le 11/11/2014
Pr Philippe Merloz – Clinique universitaire d’orthopédie-traumatologie –
CHU A. Michallon – Grenoble

Déclaration d'intérêts
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