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Insuffisance cardiaque : les points clés du parcours de soins

Web page - Posted on Oct 31 2012

La HAS a publié un guide sur le parcours de soins d’un patient atteint d’insuffisance cardiaque. Explications du Dr Nikita de Vernejoul* (HAS).

 

Comment établir le diagnostic de l’insuffisance cardiaque ?

Le diagnostic de l’insuffisance cardiaque peut être évoqué devant des symptômes classiques, notamment l’apparition ou l’aggravation d’une dyspnée, mais également devant des signes non spécifiques chez la personne âgée. Ainsi, une désorientation récente, une asthénie, des troubles du sommeil ou des chutes peuvent traduire une insuffisance cardiaque. En cas de doute diagnostique, le médecin généraliste peut demander le dosage d’un peptide natriurétique, BNP ou NT-proBNP selon les laboratoires. Le diagnostic évoqué, il adresse le patient en consultation à un cardiologue qui pratique, en outre, un ECG 12 dérivations. L’échocardiographie Doppler confirme le diagnostic d’insuffisance cardiaque. Cet examen permet aussi de chiffrer la fraction d’éjection du ventricule gauche, précisant le type d’insuffisance cardiaque : systolique (ICS) si la fraction d’éjection est inférieure à 40-50 %, ou à fraction d’éjection préservée (ICFEP) dans le cas contraire.

Infographie- IC

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infographie : Pascal Marseaud

 

Est-il important de distinguer le type d’insuffisance dont il s’agit ?

Définir le type d’insuffisance cardiaque est essentiel. L’ICS et l’ICFEP sont fréquentes et touchent chacune environ la moitié des patients insuffisants cardiaques. Elles ont une symptomatologie et un pronostic comparables, mais leur traitement est très différent. Dans l’ICS, il est bien codifié et s’avère très efficace en termes de morbi-mortalité. Dans l’ICFEP, les possibilités thérapeutiques sont beaucoup plus limitées. Le traitement est essentiellement symptomatique. Il existe cependant quelques points communs en matière de prise de charge, notamment pour les mesures hygiéno-diététiques.


Quels sont les points communs dans la prise en charge de l’ICS et de l’ICFEP ?

Dans l’ICS comme dans l’ICFEP, l’éducation du patient est très importante. Tous les professionnels de santé impliqués dans la prise en charge peuvent y contribuer. Le premier traitement de tout patient insuffisant cardiaque consiste à prescrire un régime peu salé (moins de 6 grammes de sel par jour) et une activité physique adaptée à ses possibilités et à ses préférences. Le patient doit prendre l’habitude de suivre son poids de façon régulière, au moins 1 à 2 fois par semaine et le noter. Une prise de 2 à 3 kg et/ou l’aggravation de la dyspnée correspondent à une rétention hydrosodée avec risque de décompensation et imposent une consultation médicale rapide. Par ailleurs, la vaccination antigrippale tous les ans, et anti-pneumococcique tous les 5 ans, est conseillée.

 

En quoi consiste le traitement médicamenteux de l’ICS ?

Le traitement de base, systématique, comporte un IEC et un bêtabloquant. Il est souvent instauré par le cardiologue. Ce traitement demeure un peu compliqué à établir, du moins dans sa phase initiale. S’il en a l’habitude, le médecin généraliste peut se charger d’augmenter de façon progressive la posologie de l’IEC et du bêtabloquant, par paliers, toutes les une à deux semaines. À cet égard, le guide du parcours de soins insiste sur la nécessité d’augmenter les posologies précisément jusqu’à la dose maximale, qui figure dans l’autorisation de mise sur le marché (AMM), si elle est tolérée.
Dès l’apparition de signes de rétention hydrosodée, le médecin généraliste prescrit des diurétiques, au moins de façon temporaire. En cas de risque de décompensation, l’hospitalisation est préférable.

 

Et quelle est la prise en charge pour l’ICFEP ?

Il n’y a pas de traitement médicamenteux spécifique. L’équilibre cardiaque du patient repose sur des petits moyens essentiels pour éviter une décompensation et des complications. Ils sont totalement du ressort du médecin généraliste. Quand elle existe, la cause de l’ICFEP doit être traitée : diabète, insuffisance coronaire, HTA. Il convient aussi d’être très attentif aux surinfections broncho-pulmonaires et aux troubles du rythme cardiaque (tachycardie, fibrillation auriculaire), deux causes fréquentes de décompensation.

 

Sur qui repose le suivi ?

Le suivi d’un patient atteint d’une insuffisance cardiaque est toujours coordonné par le médecin généraliste. Il implique le cardiologue, à une fréquence variable selon le type de l’insuffisance et son stade, a minima une fois par an. Une hospitalisation peut s’avérer nécessaire lorsqu’une décompensation ou une complication est dépistée au cours du suivi, en fonction de leur sévérité et des comorbidités associées.

 

* Propos recueillis par l'agence Citizen Press.

 

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