Acouphènes invalidants : des clés pour améliorer le diagnostic et la prise en charge des adultes

Communiqué de presse - Mis en ligne le 16 juil. 2026
16 juillet 2026

Sifflements, bourdonnements, grésillements… Ces sensations perçues par une personne sans aucun son extérieur, sont appelées acouphènes. Elles concernent une personne sur cinq et peuvent devenir un handicap au quotidien, entrainant des troubles du sommeil, des difficultés de concentration, de l’isolement ou de l’anxiété. Face à l’errance diagnostique et thérapeutique rencontrée par les personnes concernées, la HAS s’est auto-saisie pour formuler des recommandations de bonnes pratiques pour améliorer le diagnostic et l’accompagnement des personnes présentant des acouphènes chroniques invalidants  . Elle publie aujourd’hui ses travaux, destinés aux professionnels de santé[1] impliqués dans le suivi de ces patients.

En France, les acouphènes concernent 10 à 19 % des adultes, mais leur fréquence augmente fortement avec l'âge (jusqu'à 31,4 % chez les 60-69 ans). Certaines données suggèrent que les femmes pourraient en ressentir les effets plus intensément, notamment à la ménopause. La prise en charge des acouphènes est complexe pour plusieurs raisons : il s’agit d’un phénomène subjectif dont le diagnostic repose principalement sur le ressenti des patients et il n’existe actuellement ni traitement ni parcours de soins coordonné. En conséquence, le cheminement peut s’avérer long et compliqué, que ce soit sur le plan physique ou psychologique, et le recours à un médecin spécialiste est souvent tardif. Face à ce constat et à une absence de prise en charge harmonisée, la HAS a réalisé des travaux visant à définir les étapes de la démarche diagnostique et structurer la stratégie thérapeutique et ses conditions de mise en œuvre. Cette recommandation s’inscrit dans la continuité des travaux d’évaluation des atteintes auditives[2] et des dispositifs d’aides auditives[3] publiés en 2018. Elle vise à mettre en place un parcours structuré centré sur le patient, fondé sur une approche personnalisée, coordonnée et pluridisciplinaire. Elle est complétée par plusieurs outils facilitant son appropriation par les professionnels (check-lists, tableau de synthèse des bilans diagnostics et des approches thérapeutiques, logigramme, exemples d’ordonnance pour les bilans). Un document à destination des usagers sera ultérieurement publié.

 

Une démarche diagnostique structurée, centrée sur le patient

Le diagnostic des acouphènes se déroule en plusieurs étapes. Il réside sur une approche globale qui consiste à caractériser l’acouphène, en identifier les causes potentielles et évaluer son impact sur la qualité de vie de la personne.

La première consultation, généralement menée par le médecin généraliste, vise à retracer l’historique d'apparition des acouphènes et d'identifier le contexte médical, physique, psychique et environnemental du patient.

S’ensuit un examen clinique qui permet d’évaluer l’état de santé général du patient. Il est alors important de rechercher les éventuels signes de gravité neurologiques, vasculaires ou otologiques[4] qui nécessiteraient une prise en charge en urgence. Les examens réalisés ont pour objectifs de caractériser les acouphènes (latéralisation, fréquence, timbre…), mais aussi d’évaluer leur retentissement sur la qualité de vie. Des tests permettent d’apprécier le caractère invalidant des acouphènes. Par exemple, le niveau de gêne et d’impact sur la vie du patient peut être estimé grâce à un score obtenu en répondant au questionnaire Tinnitus Handicap inventory (THI).

Des tests fonctionnels réalisés par un médecin ORL sont ensuite recommandés.  Ils permettent d’évaluer le niveau d’audition et de caractériser la localisation de l’acouphène. Le médecin ORL peut orienter le patient pour des examens d’imagerie si besoin.

Des examens complémentaires d’imagerie, notamment une IRM, sont préconisés dans la plupart des cas, selon le type d’acouphène.

Enfin, la HAS recommande qu’une consultation de synthèse permette au médecin de 1ère ligne (médecin généraliste ou médecin ORL) de présenter le bilan diagnostic et ses résultats. Il s’agit d’informer le patient sur la physiopathologie des acouphènes en général, lui prodiguer des conseils concernant l’environnement sonore et définir, avec lui, les différentes options thérapeutiques adaptées à sa situation.

 

Une prise en charge personnalisée, partagée, coordonnée et pluriprofessionnelle

La stratégie thérapeutique est adaptée à chaque patient. Elle a pour objectif d’atténuer les acouphènes et leurs répercussions sur l’état psychologique et la qualité de vie des patients. La prise en charge est coordonnée par le médecin généraliste ou le médecin ORL. Elle doit être ajustée selon le niveau de sévérité et les moyens humains et techniques à disposition du patient.

La HAS recommande que cette prise en charge repose sur plusieurs principes clés :

  • Une approche pluridisciplinaire, mobilisant différents professionnels (médecins, psychologues, audioprothésistes…), notamment pour les patients présentant des vulnérabilités psychologiques, sociales ou médicales
  • Une décision médicale partagée, fondée sur l’information éclairée du patient, des bénéfices et limites des options thérapeutiques possibles
  • Une évaluation et une adaptation continues, selon l’évolution des symptômes et du retentissement.

Les acouphènes peuvent fortement altérer la qualité de vie, en favorisant le repli sur soi, les comportements d’évitement et un sentiment d’insécurité durable, ce qui justifie un accompagnement psychologique adapté. Selon les besoins, les objectifs et le niveau de handicap de la personne, la HAS recommande notamment les thérapies comportementales et cognitives (TCC), seules à avoir démontré à ce jour une efficacité sur les acouphènes, ainsi que d’autres approches d’accompagnement visant à réduire la détresse et améliorer le quotidien[5]. Selon le niveau d’impact sur la qualité de vie, d’autres solutions peuvent aussi être éventuellement envisagées telles que les implants cochléaires ou les thérapies sonores.

En revanche, la HAS précise qu’il existe des interventions parfois proposées dans les acouphènes, dont elle ne recommande pas l’utilisation faute de preuves suffisantes d’efficacité ou de sécurité. C’est notamment le cas des techniques de neuromodulation (neurostimulation, stimulation magnétique transcrânienne répétitive), de l’acupuncture, de la thérapie par laser ainsi que des traitements médicamenteux et des compléments alimentaires utilisés spécifiquement contre les acouphènes.

La HAS souligne également que les approches corporelles ou psychocorporelles, comme la sophrologie, l’hypnose ou le neurofeedback, ne peuvent pas être recommandées de manière systématique pour traiter les acouphènes. Elles peuvent toutefois être proposées en complément pour aider à gérer certaines conséquences associées, comme le stress, l’anxiété ou les troubles du sommeil. La HAS souligne enfin le rôle d’information et de soutien des associations de patients et de la pair-aidance : l’expérience partagée de personnes ayant vécu ou vivant une situation similaire peut constituer un appui complémentaire pour informer, rassurer et accompagner les personnes concernées dès la 1ère consultation et à chaque étape de leur parcours. Celles-ci peuvent ainsi bénéficier d’échanges d’expérience et d’un soutien par leurs pairs. Les associations jouent aussi un rôle de vigilance en alertant sur certaines pratiques thérapeutiques non conventionnelles ne présentant pas de preuves scientifiques de leur efficacité sur les acouphènes, ou de pratiques sectaires potentiellement dangereuses.

 

[1] Médecins généralistes, médecins ORL, radiologues, neurologues, gériatres, médecins du travail, psychologues, psychiatres, dentistes, orthodontistes et audioprothésistes.

[2] HAS – 2018 - Repérage des déficiences sensorielles et accompagnement des personnes qui en sont atteintes dans les établissements pour personnes âgées - Volet Ehpad

[3] HAS – 2018 - Aides Auditives

[4] Troubles de l'oreille humaine

[5] Thérapie d’acceptation et d’engagement (l’ACT), ou les thérapies basées sur la pleine conscience (mindfulness)

 

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